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L’épilepsie (« Androbe ») : une maladie neurologique encore mal comprise

Interview – Dr RAJAONARISON Lala Andriamasinavalona
USFR Neurologie et Cardiologie – CHU Place Kabary, Antsiranana

Qu’est-ce que l’épilepsie ?

L’épilepsie, appelée androbe en malgache, est une maladie du cerveau.

Elle se définit par la répétition d’au moins deux crises épileptiques non provoquées, espacées d’au moins 24 heures.

Ces crises, également appelées « fanintona » ou parfois « aretim-borona » dans le langage courant, surviennent de manière brutale et répétitive.

Il est important de souligner que :

  • L’épilepsie est une maladie neurologique
  • Elle se soigne
  • Elle n’est pas contagieuse

Les différentes formes de crise épileptique

L’épilepsie peut se manifester sous plusieurs formes.

1. Les crises d’absence (fréquentes chez l’enfant)

Certains enfants présentent ce que l’on appelle des « crises d’absence ».

Les parents ou les enseignants peuvent remarquer que l’enfant semble soudainement distrait, absent ou inattentif en classe.

Ces épisodes :

  • Durent environ 10 secondes
  • Peuvent se répéter de 10 à 200 fois par jour
  • Perturbent l’apprentissage s’ils ne sont pas diagnostiqués

2. Les crises atoniques

Dans ce cas, la personne perd brutalement son tonus musculaire.

Elle peut s’effondrer soudainement au sol.
Ces chutes peuvent entraîner des traumatismes.

3. Les crises avec mouvements involontaires

Certaines formes se manifestent par des mouvements incontrôlés :

  • Crise myoclonique : secousses brèves des membres
  • Crise clonique : mouvements répétitifs rythmiques
  • Crise tonique : rigidité musculaire
  • Crise tonico-clonique : forme la plus connue, avec rigidité suivie de secousses généralisées

Ces crises :

  • Surviennent brutalement
  • Durent généralement quelques secondes à quelques minutes
  • Se répètent de manière similaire d’un épisode à l’autre

Pendant une crise : que faut-il faire ?

Lors d’une crise tonico-clonique, la personne peut perdre connaissance et présenter des mouvements convulsifs. Elle peut également émettre de la salive mousseuse.

Il est essentiel de rappeler que cette salive ne transmet pas la maladie.

Les gestes à adopter :

  • Protéger la personne pour éviter qu’elle ne se blesse
  • La placer sur le côté si possible
  • Ne rien introduire dans sa bouche
  • Ne pas essayer de bloquer les mouvements

Certaines croyances, comme l’utilisation de feuilles vertes pour arrêter la crise, n’ont aucune efficacité médicale.

Après une crise, il est recommandé d’orienter la personne vers un centre de santé afin d’évaluer la situation et d’adapter le traitement si nécessaire.

L’épilepsie chez l’enfant : un avenir possible

Un enfant atteint d’épilepsie peut suivre une scolarité normale si la maladie est bien diagnostiquée, traitée et surveillée.

Un traitement adapté permet de réduire, voire de contrôler totalement les crises.

Briser les idées reçues

L’épilepsie :

  • N’est pas une malédiction
  • N’est pas une maladie contagieuse
  • N’empêche pas de vivre normalement si elle est bien prise en charge

Un diagnostic précoce et un suivi régulier permettent d’améliorer considérablement la qualité de vie des patients.

Interviews, Pneumologue

Pollution de l’air : une menace silencieuse pour la santé publique

Interview – Dr Iantsotiana RAKOTONDRABE

Une urgence mondiale sous-estimée

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 9 personnes sur 10 respirent un air pollué, et 13 décès par minute sont attribués à la pollution atmosphérique.

Peut-on réellement mesurer l’ampleur de ce chiffre ?
Il ne s’agit plus d’un simple risque : c’est une véritable menace pour la santé publique.

Les principales sources de pollution à Madagascar

Plusieurs facteurs contribuent à la dégradation de la qualité de l’air :

  • Les feux de brousse
  • L’accumulation des déchets
  • Les émissions industrielles
  • Les gaz d’échappement des véhicules, notamment diesel
  • L’utilisation du charbon de bois et du bois de chauffe

Ces activités libèrent dans l’atmosphère des substances nocives telles que :

  • Les particules fines (PM2,5)
  • Le monoxyde de carbone
  • Le dioxyde de soufre
  • Les oxydes d’azote
  • Le benzène
  • L’ammoniac
  • L’ozone
  • Les hydrocarbures aromatiques
  • Le plomb

Ces polluants ont des effets directs et parfois graves sur la santé humaine.

Quels organes sont touchés ?

La pollution de l’air affecte de nombreux organes :

  • Les poumons
  • Le cœur et les vaisseaux sanguins
  • Le cerveau
  • La peau

Mais les premières atteintes concernent le système respiratoire.

Elle peut provoquer ou aggraver :

  • L’asthme
  • Les allergies respiratoires
  • La bronchite chronique
  • La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)

Ces maladies se manifestent par :

  • Une toux persistante
  • Une sensation d’oppression thoracique
  • Une difficulté à respirer

Pollution et asthme : un lien démontré

Les recherches scientifiques confirment que la pollution atmosphérique augmente le risque d’asthme chez l’enfant, y compris dès la période prénatale.

Par ailleurs, les hospitalisations pour crise d’asthme sont significativement plus fréquentes — jusqu’à 15 % de plus — chez les personnes vivant durablement dans des zones fortement polluées.

Les conséquences à long terme

La bronchite chronique, souvent associée au tabagisme mais également à la pollution de l’air, peut évoluer vers une insuffisance respiratoire chronique.

Cette complication altère progressivement la fonction pulmonaire et augmente le risque de décès prématuré.

Au-delà des maladies respiratoires, la pollution favorise également :

  • Les infections respiratoires, notamment chez les enfants et les personnes vulnérables
  • Certaines formes de cancer, notamment du poumon et de la vessie

Une responsabilité collective

La lutte contre la pollution environnementale est une responsabilité partagée.

Les autorités publiques jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de politiques de protection de l’environnement et de santé publique. Toutefois, l’action doit aussi commencer au niveau individuel et communautaire.

Parmi les mesures essentielles :

  • Respecter la propreté à domicile et dans les espaces publics
  • Lutter contre les feux de brousse
  • Réduire les émissions liées au charbon et aux véhicules
  • Encourager la plantation d’arbres

Car en matière de santé publique, le principe reste le même :
mieux vaut prévenir que guérir.

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