Journée mondiale de l’hémophilie 2026 à Madagascar : « Diagnostiquer : première étape du soin » – Mobilisons-nous pour briser le silence
Le 17 avril de chaque année, le monde entier célèbre la Journée mondiale de l’hémophilie. En 2026, cette journée internationale porte un thème particulièrement fort et urgent, choisi par la Fédération mondiale de l’hémophilie (WFH/FMH) : « Diagnostiquer : première étape du soin ».
Ce thème met en lumière une réalité dramatique : plus de 75 % des personnes atteintes de troubles héréditaires de la coagulation dans le monde ne sont toujours pas diagnostiquées. Sans diagnostic, pas de traitement adapté, pas de prévention des complications, et une vie marquée par la douleur, le handicap et parfois le risque vital. À Madagascar, la situation est encore plus préoccupante.
Qu’est-ce que l’hémophilie ? Une maladie génétique rare mais grave
L’hémophilie est une maladie génétique héréditaire qui empêche le sang de coaguler normalement. Elle est due à un déficit ou à l’absence de certains facteurs de coagulation :
• Hémophilie A (la plus fréquente) : déficit en facteur VIII (environ 80-85 % des cas).
• Hémophilie B : déficit en facteur IX.
Elle touche principalement les garçons (transmission liée au chromosome X), avec une estimation d’un garçon sur 10 000 naissances à Madagascar. Les filles peuvent être porteuses et, dans de rares cas, également atteintes.
Sans traitement, les saignements peuvent survenir spontanément ou après un choc minime, notamment dans les articulations (genoux, coudes, chevilles), provoquant gonflements douloureux, déformations et arthrose précoce. Les saignements internes (muscles, cerveau) peuvent être mortels.
Signes d’alerte à ne jamais ignorer :
• Saignements prolongés après une coupure, une extraction dentaire ou une circoncision.
• Hématomes (bleus) fréquents et importants sans raison apparente.
• Gonflements et douleurs articulaires récurrents chez l’enfant.
• Saignements de nez fréquents ou difficiles à arrêter.
• Antécédents familiaux de saignements anormaux (frères, oncles maternels…).
Chez le nourrisson, un saignement prolongé après la chute du cordon ombilical ou après une vaccination peut être un premier signe.
Voici une illustration claire de la difference entre une coagulation normale et celle chez une personne hémophile.

Légende : comparaison entre coagulation normale et hémophilie – le deficit en facteur de coagulation empêche la formation d’un caillot stable.
La situation alarmante à Madagascar : moins de 10 % des cas diagnostiqués
Selon les données récentes (2026), moins de 10 % des personnes atteintes d’hémophilie à Madagascar sont diagnostiquées. Cela signifie que près de 90 % des malades vivent dans l’ignorance, confondant souvent leurs symptômes avec d’autres maladies ou les acceptant comme une fatalité.
Le Centre de Traitement de l’Hémophilie Madagascar (CTH-Mada), situé au CHU Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) Ampefiloha à Antananarivo, suit actuellement environ 116 à 220 patients identifiés selon les sources. Pourtant, l’estimation réelle est bien supérieure. Le service d’hématologie détecte environ 30 nouveaux cas par an, mais cela reste insuffisant face à la population malgache.
Les obstacles principaux ?
• Manque de sensibilisation du grand public et même de certains professionnels de santé en province.
• Accès limité aux tests de coagulation (dosage des facteurs VIII et IX).
• Coût élevé des traitements (facteurs de coagulation) quand ils ne sont pas disponibles gratuitement.
• Distance géographique : beaucoup de familles vivent loin d’Antananarivo.
Malgré ces défis, des progrès ont été réalisés grâce à la gratuité partielle des facteurs de coagulation pour les patients suivis et à la collaboration entre le Ministère de la Santé publique, le CTH-Mada et les associations de patients.
Événements organisés à Madagascar le 17 avril 2026
Cette année encore, une mobilisation concrète a eu lieu au CHU HJRA Ampefiloha, sous l’égide du Ministère de la Santé, du CTH-Mada et de l’Association pour le Bien-Être des Hémophiles à Madagascar (ABEHM), parfois appelée OPHAM ou structures similaires.
Programme principal :
• Marche solidaire : Départ souvent depuis la Bibliothèque nationale d’Anosy ou un point central, jusqu’au CHU HJRA, en compagnie des patients, familles et soignants. Un moment fort de visibilité et de fraternité.
• Dépistage gratuit : Tests de coagulation réalisés sur place pour tous ceux qui le souhaitent (enfants, adolescents et adultes présentant des signes suspects).
• Campagnes de sensibilisation : Stands d’information, séances éducatives pour le public et les professionnels de santé, distribution de brochures sur les signes de la maladie.
• Échanges et témoignages : Rencontres entre patients, familles et équipe médicale pour partager expériences et améliorer la prise en charge.
• Enseignement Post-Universitaire (EPU) : Formation destinée aux médecins et infirmiers sur le diagnostic et la gestion de l’hémophilie.
Ces activités s’inscrivent dans une dynamique nationale pour inverser la courbe du sous-diagnostic.
Symbole international de la journée : le ruban rouge et la goutte de sang

Pourquoi le diagnostic précoce change-t-il tout ?
Le thème 2026 insiste : le diagnostic est la première étape indispensable. Une fois posé :
• L’enfant ou l’adulte peut bénéficier d’un suivi régulier au CTH.
• Les facteurs de coagulation (traitement substitutif) permettent de prévenir ou d’arrêter les saignements.
• L’éducation thérapeutique aide les familles à gérer les situations d’urgence (éviter certains sports à risque, reconnaître les signes de saignement interne, etc.).
• La qualité de vie s’améliore considérablement : possibilité d’aller à l’école, de travailler, de fonder une famille.
Témoignage (inspiré de réalités locales) :
« Avant le diagnostic, mon fils avait des douleurs aux genoux presque chaque mois. On pensait que c’était normal pour un enfant actif. Après le dépistage au HJRA, il reçoit son traitement et peut maintenant jouer sans crainte permanente. C’est une autre vie pour toute la famille. » – Une mère d’un enfant hémophile suivi au CTH-Mada.
Traitements et prise en charge aujourd’hui
Le traitement repose principalement sur l’injection de facteurs de coagulation manquants (prophylaxie ou traitement à la demande). À Madagascar, des efforts sont faits pour garantir un accès plus régulier, même si les ruptures de stock restent un défi.
D’autres mesures complémentaires :
• Physiothérapie pour préserver les articulations.
• Éducation des familles et des enseignants.
• Carte d’hémophile délivrée par le service d’hématologie pour une prise en charge rapide en cas d’urgence dans n’importe quel hôpital.
À long terme, l’espoir repose aussi sur les avancées mondiales : thérapies géniques et nouveaux traitements plus durables.
Comment vous pouvez agir concrètement ?
1. Le 17 avril et au-delà : Éclairez votre maison, votre bureau ou un monument en rouge (couleur symbole de l’hémophilie). Partagez des photos sur les réseaux avec les hashtags #JournéeMondialeHémophilie et #WHD2026.
2. Sensibilisez : Parlez de la maladie autour de vous. Un simple partage peut sauver une vie.
3. Portez le symbole : Un bracelet ou un ruban rouge le 17 avril.
4. Agissez si suspicion : Si vous ou un proche présentez des saignements anormaux, consultez rapidement un médecin et demandez un bilan de coagulation. Le dépistage est gratuit au CHU HJRA.
5. Soutenez les associations : Contactez l’ABEHM ou le CTH-Mada pour du bénévolat, des dons ou du matériel.
Contacts utiles :
• Centre de Traitement de l’Hémophilie Madagascar (CTH-Mada) : CHU HJRA Ampefiloha, Antananarivo. Tél : +261 34 142 0215 / +261 34 083 8490 – Email : cth.mada@yahoo.com
• Service d’hématologie du CHU HJRA
• Associations de patients (renseignez-vous auprès du CTH)
Conclusion : Ensemble, changeons la donne
L’hémophilie n’est plus une condamnation à vie quand elle est diagnostiquée et prise en charge tôt. À Madagascar, la clé réside dans la sensibilisation massive, le renforcement des capacités de diagnostic dans les régions et l’amélioration continue de l’accès aux traitements.
Le 17 avril 2026 n’est pas seulement une journée de commémoration : c’est un appel à l’action pour que plus aucun enfant, adolescent ou adulte malgache ne souffre en silence.
Mobilisons-nous, informons-nous, soutenons-nous. Parce que diagnostiquer, c’est déjà soigner.






